Dialogue existentiel 7: sur les humains et leurs questions

les humains et leurs questions

Gottfried: dites-moi, Monsieur Héron, Socrates vient-il lui aussi régulièrement vous voir pour vous poser des questions?

Baruch: oh oui, il me perturbe le poisson quand il le fait mais il me distrait et il n’est pas méchant.

Gottfried: c’est vrai, il parait inoffensif mais il me fait penser aux humains, toujours inquiets, toujours incertains. Comme s’il fallait comprendre le pourquoi des choses alors que le monde ne pourrait pas être meilleur.

Baruch: c’est leur nature je suppose. Ils veulent avoir les idées claires avant de décider, c’est ainsi qu’ils arrivent à des certitudes. Quand ils se promènent autour des étangs, je les entends et je me dis que c’est une espèce rarement tranquille. Niccolò est sans doute responsable de la situation.

Gottfried: oui, vous avez raison, il leur a fait perdre leur innocence et leur confiance.

Baruch:  il leur faut maintenant discuter de tout pour atteindre un consensus et pourtant, ils sont restés très individualistes.

Gottfried: c’est encore un des paradoxes qui les caractèrisent. Seuls, ils pourraient se laisser guider par leur instinct et leurs intuitions mais parce que le groupe leur demande toujours des justifications, ils doivent trouver des arguments rationnels.

Baruch: le seul avantage, c’est que les régles qu’ils créent pour vivre ensemble leur permettent de lutter contre leurs penchants égoïstes.

Gottfried: c’est seulement parce qu’ils ne sont pas assez égoïstes pour comprendre qu’être bon est la meilleure façon de se préserver. Remplacer le bon sens par des obligations, c’est moins efficace.

Baruch: vous avez raison mais agir collectivement, ce n’est pas forcément un mauvais calcul pour la survie.

Gottfried: sans doute mais je préfére mon indépendance. Je vais vous confier un secret à propos des humains: chantez et ils vous donneront des graines, surtout en hiver. Ça prouve qu’ils n’ont pas perdu le sens de l’harmonie mais qu’ils ont juste oublié qu’il existe à force de trop poser des questions.

Baruch: voila qui est intéressant, mon cher Gottfried. Le problème pour moi, c’est que je chante mal et que je n’aime pas les graines. Vous croyez qu’ils auraient du poisson?

Gottfried: je ne sais pas mais leurs mangeoires sont trop petites, vous ne pourriez pas vous y  percher. En plus, vous avez raison, votre chant n’est pas très harmonieux, ça risquerait de les agacer.

Baruch:  c’est le sort de ceux qui sont différents, ils n’attirent pas la compassion. Comment donc pourrai-je leur plaire?

Gottfried: par votre patience et votre sagesse, cher Baruch. C’est ce qui attire Socrates, c’est ce qui vous rendra intéressant à leur yeux.

Baruch: vous avez raison, cela me convient bien mais viendront-ils me nourrir?

Gottfried: si vous croassez un peu quand ils approchent, ils seront sans doute peinés pour vous et voudront vous aider!

Baruch: prenez garde, mon ami, mon bec est puissant et je vais vous couper le sifflet si vous vous moquez trop de moi.

Gottfried: vous ne pourrez jamais m’attraper, cher Baruch, vous mettez trop de temps à vous envoler!


Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, Le traité politique où Spinoza explique comment apparait le droit civil.

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