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Dialogue existentiel 36: vraies ou fausses nouvelles ?

Dialogue existentiel 36: vraies ou fausses nouvelles ?

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vraies ou fausses nouvelles

Vraies ou fausses nouvelles ?

Un dialogue entre Peter le faucon, Davina l’oie et Niccolò le serpent. Peter pense que les animaux et les plantes sont les égaux des humains et que l’entraide est nécessaire. Davina est une grande voyageuse qui sait que la connaissance et la morale s’acquièrent avec l’expérience.  Niccolò est secret et manipulateur mais se justifie en disant que c’est pour le bien commun.

Peter: comment allez-vous, Niccolò? Votre présence ici doit avoir un rapport avec la nouvelle qui a retenu l’attention de Davina aujourd’hui, non?

Niccolò: ah, je ne sais pas, on verra; en attendant, je vais parfaitement bien et c’est un honneur que d’être avec vous sur le plateau.

Davina: vous avez raison, Peter, j’ai entendu le pape affirmer que la première des fausses nouvelles était celle que Niccolò avait annoncé à Eve alors je me suis dit que nous devrions demander son avis au coupable présumé.

Peter: très bonne idée, mais pourquoi a-t-il dit ça, le pape?

Davina: il dénonçait la prolifération des mensonges dans les médias sociaux, « les techniques de Niccolò » a-t-il dit, qui incitent les gens à agir contre leurs intérêts en manipulant leurs croyances.

Peter: eh bien Niccolò, vous voilà effectivement sur la sellette. Qu’avez-vous à nous dire à ce propos?

Niccolò: qu’une nouvelle est une nouvelle. Qu’elle soit vraie ou fausse n’est ensuite qu’une affaire de convention car ce qui est vrai pour moi ne l’est pas forcément pour les autres.

Davina: oh le fin sophiste! Vos mensonges ont signifié la fin du paradis pour les humains et bien des changements pour le reste de la création, ne le reconnaissez-vous pas ?

Peter: car pour prendre un autre exemple, un fabricant de faux tableaux, même s’il crée effectivement des tableaux, reste un escroc car il abuse de la crédulité des gens.

Niccolò: les informations que les gens retiennent sont celles qu’ils veulent croire et en ce sens, tout le monde est crédule car personne ne croit ce qui est faux. Je n’ai fait que dire à Eve ce qu’elle voulait entendre et c’était donc au moins vrai pour elle, en quoi devrais-je me sentir coupable de l’avoir confortée dans ses pensées?

Davina: vous saviez bien que vous manipuliez ses sentiments!

Peter: et vous saviez bien ce qui lui arriverait!

Niccolò: je lui ai dit qu’elle aurait la connaissance et c’est ce qui s’est passé. Regardez tout ce que les humains savent maintenant grâce à moi.

Davina: vous ne lui avez pas dit à quel prix elle aurait cette connaissance et à quel prix pour ceux qui n’avaient rien demandé!

Peter: inciter les gens à faire ce qu’ils ont envie de faire en leur cachant les conséquences néfastes de leurs actions, c’est les utiliser à des fins égoïstes.

Niccolò: mes amis, vous confondez les nouvelles et leurs conséquences parfois négatives. Ce que j’ai dit à Eve était vrai, ce qu’elle a décidé de faire était peut-être une erreur mais je n’en suis pas responsable.

Davina: vous saviez ce que vous faisiez en lui disant cela et vous saviez que vous ne deviez pas le faire.

Peter: vous vouliez vous débarrasser d’elle, vous l’avez dit aux Daims.

Niccolò: il reste qu’elle a pris elle-même la décision de m’écouter et que je ne l’ai pas forcée…

Peter: donc le pape à tort de vous accuser et devrait blâmer Eve?

Davina: ne nous dites pas que vous ne comprenez pas ce qu’il voulait dire.

Niccolò: vous comme lui, vous pensez que la vérité est universelle alors qu’elle n’est qu’un consensus provisoire. L’histoire le prouve mille fois, le vrai d’un jour est le faux du lendemain. Le pape croit ce qu’il dit mais ça ne rend pas sa parole vraie pour autant. Tout dépend de celui qui l’écoute. C’est bien pour cela aussi que je ne me sentais pas obligé de respecter la parole de Dieu, d’autant plus qu’il nous laisse libre de nos choix, n’est-ce pas?

Davina: vos raisonnements sont très spécieux.

Peter: à vous entendre, rien ne serait jamais vrai ou faux mais toujours dépendant de l’auditeur et il serait possible de tout dire sans qu’il ne puisse y avoir de répercussions éthique.

Niccolò: ce que vous, vous appelez un faux tableau est pourtant vrai pour celui qui l’achète et reste vrai tant qu’on ne lui prouve pas le contraire. Avez-vous interrogé les motifs de ceux qui lui cassent sa croyance? Il n’y a pas de pires égoïstes que ceux qui croient faire le bien.

Davina: c’est là que vous vous trompez, Niccolò. Le vrai et le faux sont basés sur des évidences ou non-évidences de départ. Le tableau est faux non pas parce que ce n’est pas un tableau mais parce que celui qui l’a fait ne le signe pas avec son nom. Il trompe donc sciemment les gens.

Peter: il se peut que dans votre cas, le pape n’ait pas pris un bon exemple mais son appel reste valable car on ne peut pas sciemment brouiller le vrai et le faux; cela a des conséquences sur les actions qui en découlent et la hiérarchie des valeurs des actes et des personnes. Une société a besoin de consensus pour fonctionner et la vérité l’apporte. C’est pour cela que vous ne pouvez pas affirmer que tout se vaut.

Niccolò: je n’ai fait que présenter à Eve une possibilité d’action, une nouvelle hors du consensus général si vous y tenez, mais une nouvelle tout de même. La valeur qu’on lui donne ensuite est basée effectivement sur un consensus mais si on ne faisait que respecter les consensus établis, rien ne changerait jamais. C’est donc un peu facile de dire que je suis coupable alors que j’étais novateur. J’ai été accusé à tort, il est là le problème.

Davina: pauvre Niccolò!

Peter:vous nous feriez presque pleurer mais c’est encore votre art du discours qui est à l’oeuvre.

Niccolò: chère Davina et cher Peter, le pape a raison de rappeler que de tout temps, il y a eu ce qu’il aurait du nommer des vérités contradictoires. Ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’elles permettent de définir qui l’on est selon qu’on les suit ou pas et que c’est pour cela qu’elles existent: elles offrent des choix qui vont délimiter des personnalités et des marches à suivre.

Davina: donc rien de neuf?

Peter: et vous pourriez être un héros?

Niccolò: je vous remercie de le dire à ma place et je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de me défendre.


Analyse

Comment définit-on une fausse nouvelle?

Pour Peter, une fausse nouvelle est comme un faux tableau, elle se fait passer pour ce qu’elle n’est pas afin de servir des intérêts égoïste. Elle refuse le consensus commun à propos de la vérité et menace donc le fonctionnement de la société.

Pour Davina, il s’agit d’une nouvelle dont on sait qu’elle manipule les faits pour inciter les auditeurs à agir d’une certaine manière. Elle suppose que parce que tout est possible, tout se vaut éthiquement alors qu’en réalite, il faut des hiérarchies de valeur pour pouvoir choisir correctement.

Pour Niccolò, il n’y a que des nouvelles qui correspondent à des attentes différentes. Faux et vrai sont surtout des jugements de valeur et ils permettent à celui qui les porte d’affirmer son identité. Si on s’en tenait aux consensus établis, il n’y aurait jamais de changements possibles or l’histoire montre que le vrai d’un jour peut être le faux d’un autre.

Discussions possibles

La vérité est-elle une affaire de préférence?

Comment peut-on décider qu’une nouvelle est vraie ou fausse?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, Les fausses nouvelles, un millénaire de bruits et de rumeurs dans l’espace public français où Bourdin et Le Bras analysent les tenants et aboutissants de cette pratique.

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Envie d’en savoir plus sur les goûts de Peter, Davina et Niccolò ? Leur livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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