Dialogue existentiel 1: la persévérance est-elle une qualité?

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Existential dialogues

La persévérance est-elle une qualité?

Un dialogue entre Socrates le bâton et Baruch le héron. Socrates sait qu’il ne sait rien et cela le conduit à poser de nombreuses questions. Il examine ensuite attentivement les réponses. Baruch passe beaucoup de temps immobile et cela lui permet de comprendre que chacun est unique et particulier mais pourtant en relation avec les autres et l’univers.

Socrates: dites-moi, monsieur Héron, vous qui êtes sage et patient, la persévérance est-elle une qualité?

Baruch: ah, monsieur Bâton, toujours vos questions étranges! Que croyez-vous que je fasse toute la journée perché sur mes deux pattes sinon être persévérant ? Le poisson est là, quelque part, je sais qu’il finira par passer à ma portée; je ne sais pas lequel il sera ni s’il sera celui que je préfère mais je dois manger et c’est une idée qui ne me quitte que rarement. Sans elle, je volerais de ci de là sans jamais me poser assez longtemps pour attraper quelque chose et je finirais par m’épuiser. Il faut donc que je sois constant et déterminé dans mes choix, n’est-ce pas ce qu’on appelle aussi la persévérance et ne croyez-vous pas qu’elle me sert bien?

Socrates: si, je l’avoue. Mais comment faites-vous pour savoir si votre persévérance est justifiée ? Vous pourriez rester stupidement là où le poisson ne passera jamais.

Baruch: j’ai fait un choix en me fiant à mon expérience ; ma persévérance est donc éclairée par ma réflexion. S’il s’avère cependant que je me suis trompé, je vais ailleurs quand je suis las d’être là où je suis. Je sais cependant qu’en étant persévérant, je réalise mon essence de héron donc cela me conforte dans mes décisions.

Socrates: vous vivez donc votre destinée sans certitude d’être sur le bon chemin !

Baruch: en cela, je ne suis pas seul, ne pensez-vous pas ? Le poisson qui passe et que j’attraperai sera ma justification mais au-delà de cet événement ponctuel, quand je suis perché immobile sur mes deux pattes, je sais que je suis ce que je dois être. Ma persévérance a sa source dans une certitude qui me dit que je dois manger et une autre qui me fait penser que le poisson est là.

Vous savez, tout est lié d’une façon mystérieuse mais nécessaire et j’y ai ma part en étant qui je suis. C’est ma réponse à un désir et une observation. Ça ne m’assure pas que j’atteindrai ce que je veux et c’est même source de questionnement quand il semble que rien de ce que j’attends n’arrive, mais cela me définit.

Socrates: cela me semble bien compliqué et vous comprenez pourquoi je pose des questions. Il semble que la persévérance soit un art d’aborder le monde ; certains font des chef-d’œuvre, d’autres des catastrophes.

Baruch: j’espère donc que je fais des chef-d’œuvre ! Il faut que j’ai confiance en ce que j’ai appris pour atteindre ce que je vise et c’est la difficulté ; la persévérance n’est qu’une décision sans cesse renouvelée de suivre mon intuition. Elle est aussi le signe de ma liberté puisque je dois toujours décider si je reste à un endroit ou pas. Sauf bien sûr quand je suis dérangé et que la fuite est la seule réponse possible !

Socrates: je vois. La persévérance ne me semble donc pas une vertu car le but pourrait être immoral et malveillant. Elle est plutôt un outil nécessaire pour construire de bonnes ou mauvaises choses. Dans votre cas, pour vous conserver dans votre être sinon vous seriez un héron égaré ! Je ne sais pas si cela va m’aider dans mes recherches mais je vous remercie pour vos avis éclairés !

Baruch: je vous fais juste partager ce qui me passe par la tête quand je reste immobile. Si cela vous convient, c’est bien, mais vous devriez vous éloigner au plus vite maintenant car je crois que vous faites fuir le poisson.


Analyse

La question est ici de savoir s’il faut toujours persévérer pour atteindre des buts ou si à un moment donné, changer de direction est la meilleure solution.

Baruch est d’avis que sans persévérance, rien ne peut êre atteint et que la constance est un signe de bonne connaissance de soi. Il reconnait cependant qu’il faut savoir changer de direction quand les circonstances le demandent, ce qui ne veut pas pour autant dire changer de buts mais plutôt examiner comment de nouvelles techniques pourraient être plus efficaces. La persérance va donc de pair avec une réflexion sur l’action et l’être.

Socrates l’aide à préciser sa pensée en posant des questions et en reformulant ses réponses pour les rendre plus claires. La persévérance est alors définie comme un art de vivre qui permet de mieux se connaître.

Discussions possibles

Quelles différences entre être persévérant, têtu et obstiné?

Apprend-t-on à être persévérant?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez l’Ethique de Spinoza où il explique le rôle de la persévérance.

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Envie d’en savoir plus sur les goûts de Baruch et Socrates? Leurs livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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