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Dialogue existentiel 20: de l’origine des droits

Dialogue existentiel 20: de l’origine des droits

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origine des droits

De l’origine des droits

Un dialogue entre Peter le faucon et Davina l’oie. Peter pense que les animaux sont les égaux des humains et que l’entraide est nécessaire. Davina est une grande voyageuse qui affirme que la connaissance et la morale s’acquièrent avec l’expérience.

Davina: Peter, je vous propose deux histoires aujourd’hui, une venue d’Inde et l’autre du Canada.

Peter: deux histoires, pourquoi donc?

Davina: elles me semblent liées alors qu’elles viennent de deux endroits du monde bien différents; je trouve cela intéressant.

Peter: un début d’universalité en quelque sorte; de quoi s’agit-il?

Davina: eh bien, en Inde, une cour de justice a décidé que deux rivières auraient les mêmes droits que les êtres humains. Au Canada, une femme n’a pas été condamnée parce qu’elle donnait à boire à des cochons.

Peter: là, vous me perdez même si je  vois qu’il s’agit dans les deux cas d’une décision de justice.

Davina: c’est cela. Les humains pensent que les non-humains peuvent avoir des droits. En Inde  c’est acquis au moins sur un point et au Canada, cette femme veut faire reconnaître que les cochons emportés à l’abattoir en camion ont le droit d’être abreuvés alors elle le fait.

Peter: et pourquoi a-t-elle été poursuivie alors qu’il ne s’agit que de compassion et qu’il ne me semble même pas que cela puisse se discuter?

Davina: parce qu’au Canada, les cochons sont considérés comme une propriété privée donc elle ne devait pas intervenir.

Peter: alors qu’en Inde, je suppose que les rivières sont dans le domaine public.

Davina: oui, du coup tout le monde les utilise sans restrainte et elles sont polluées.

Peter: dans un cas comme dans l’autre, n’est-ce pas étrange que les humains décident pour les non-humains? C’est toujours l’idée que la nature a été créée pour leur usage personnel.

Davina: vous avez raison mais avouons que nous sommes heureux que le domaine où nous sommes soit protégé.

Peter: je vous l’accorde mais pourquoi faut-il qu’il y ait des lois pour que le monde soit respecté? En Inde, si je me souviens bien de mes voyages, les esprits sont partout si bien que tout est être sacré, alors pourquoi cela ne suffit-il pas à engendrer la compassion? Au Canada, les premiers habitants demandaient pardon aux animaux quand ils devaient les tuer pour survivre. Pourquoi cela a-t-il disparu?

Davina: vous êtes idéaliste, cher Peter. Tout devrait être ainsi mais ne l’est pas et c’est en le constatant que certains ont agi. C’est l’expérience qui fait évoluer la morale.

Peter: et d’où vient-elle, la compassion de ceux qui en ont si elle n’est pas déjà en eux à priori? Vous savez bien que toutes leurs religions disent la même chose à ce propos, c’est donc que c’est un sentiment commun.

Davina: oui mais quand les humains croient qu’ils ont une place spéciale dans la nature, ils pensent aussi que tout leur est permis et qu’ils n’ont pas à respecter ce qui les entoure puisque ce qui les entoure est à leur disposition. Les conséquences néfastes qui s’ensuivent les obligent à revoir leurs conceptions.

Peter: et retrouver ce qu’ils n’auraient pas du oublier.

Davina: c’est pour cela que l’acquittement de cette femme au Canada me semblait lui aussi prouver que le bon sens pouvait avoir le dessus chez les humains.

Peter: il reste que c’est un détour assez compliqué pour arriver à ce qui aurait du être évident dès le départ: chaque élèment du monde a une place et une fonction et ne peut donc pas être ignoré. Où est la difficulté à comprendre cela?

Davina: nous en avons déjà parlé, leur monde est trop détaché de la réalité.

Peter: ils me font penser à ces plante invasives qui tuent leur hôte et meurent avec mais vos histoires me montrent qu’ils commencent à mieux mesurer l’impact de leurs actions sur le reste du monde. Ceci dit, dans le cas de ces lois, il s’agit moins de bonté que d’intérêt bien compris donc en fait, ils ne décident pas pour nous mais pour eux, même s’ils ne le disent pas.

Davina: le problème, c’est que ce manque de respect qui semble inconséquent instaure une façon de penser néfaste car elle se généralise à tous les aspects de l’existence.

Peter: votre clairvoyance et votre bonté font votre charme, chère Davina, mais si les humains disparaissaient par leur ignorance des lois du monde, iriez-vous le regretter?

Davina: idéaliste mais cynique, n’est-ce pas mon cher Peter?


Analyse

L’origine des droits est-elle dans la compassion, la morale ou l’intérêt?

Pour Davina, la morale est à l’origine des droits mais cette morale est dictée par l’expérience qui montre que sans ces droits, l’équilibre du monde est menacé.

Pour Peter, le respect et la compassion sont des évidences qui devraient naturellement conférer des droits à chacun sans qu’il soit besoin de les édicter mais quand ce n’est pas le cas, c’est la défense de leurs intérêts qui pousse les humains à retrouver ces valeurs et à les mettre en avant sous forme de droits.

Discussions possibles

Pourquoi donner des droits plutôt que développer l’idée de compassion ?

En quoi l’expérience modifie-t-elle le droit?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, Question d’éthique pratique ou Singer explique comment différents intérêts justifient des réponses éthqiues différentes.

Envie de contribuer à ces dialogues? Ecrivez-vos commentaires et questions ci-dessous.

Envie d’en savoir plus sur les goûts de Davina et Peter? Leur livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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