Dialogue existentiel 9: comment maintenir la paix?

comment maintenir la paix

Socrates: Niccolò, vous m’avez fait peur, j’ai failli vous passer dessus. Que faites-vous dans ces feuilles?

Niccolò: je prends le soleil et ça m’endort. Je ne vous avais pas entendu, vous avez de la chance de ne pas avoir été mordu. Vous savez que je déteste être dérangé.

Socrates: oui, vous êtes connu pour cela mais dites-moi, avant la chute, n’aimiez-vous pas vous promener et discuter avec toutes les créatures. Pourquoi avez-vous perdu votre sang froid avec Eve au lieu de maintenir la paix?

Niccolò: j’en ai aussi perdu mes pattes et ma capacité à parler toutes les langues! Elle était si bécasse, pure, vierge, innocente, sans cesse à vouloir jouer avec moi, je n’y trouvais aucun plaisir. J’ai voulu lui en apprendre plus sur la nature.

Socrates: elle voulait jouer avec vous? Que disait Adam?

Niccolò: Il n’y voyait pas d’inconvénient. Il était aussi sot qu’elle, toujours à se promener nu et l’air béat. Ils devaient s’ennuyer à mourir ces deux-là mais il n’y avait rien à faire dans le jardin. C’était l’enfer. Je suppose que c’est pour cela qu’elle avait pris l’habitude de venir me déranger.

Socrates: pourquoi vous?

Niccolò: j’étais joyeux, érudi, attirant. Je savais charmer par mes paroles. Elle me disait que je lui donnais des idées originales et que je présentais une conception du monde bien différente de celle que Dieu proposait.

Socrates: n’aviez-vous pas autre chose à lui proposer qu’une pomme?

Niccolò: c’était la liberté, la connaissance, la sexualité. Je pensais à l’époque que ce serait plus intéressant pour eux. Ils deviendraient autonomes et responsables. Je lui ai donc dit que si elle persuadait Adam d’en manger avec elle, ils passeraient dans un autre monde et ne s’ennuieraient plus.

Socrates: vous avez eu raison sur ce point mais toutes les autres créatures qui ne demandaient rien en ont souffert. Ne croyez-vous pas qu’il aurait mieux valu les pousser à suivre les lois du paradis -vous auriez pu vous assurer que c’était le cas grave à votre position d’autorité, et à prendre soin de leur corps par des exercices? Cela les aurait occupé et rendu obéissant et cela aurait permis de maintenir la paix pour tous.

Niccolò: j’aurais du les maintenir dans leur ignorance, c’est vrai. J’ai compris trop tard que celui qui sait devrait proposer des activités sans conséquences pour distraire ceux qui ne savent pas, et les punir s’ils veulent suivre leur propre voie. Cela évite les troubles. Je serais ainsi resté le plus grand et le plus rusé du jardin.

Socrates: cher Niccolò, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Nos gouvernants doivent être sages, modestes, tempérants et justes. Ils doivent organiser la société selon des ordres où chacun trouve sa place et contribue au bien commun. Cette place peut être dans l’armée, l’industrie ou pour les plus éclairés, dans le gouvernement mais cela doit rester leur choix. Il ne s’agit pas de tromper les citoyens, uniquement de répondre à leurs besoins et d’éviter les dissensions.

Niccolò: cher Socrates, nous sommes d’accord sur deux points même si nos méthodes différeraient: maintenir la paix dans les communautés permet à chacun de prospérer et il faut une police pour s’assurer que tous obéissent. Pour ce qui me concerne cependant, je pense que le dirigeant ne peut pas être moral car il ne sera ni obéi, ni craint, ni respecté.  C’est pour cette raison que Dieu a perdu le contrôle de sa création. Il comptait trop sur la bonté des humains.

Socrates:et sur le respect que le serpent lui devait pour l’avoir créé! Vous aviez une position d’autorité par vos qualités mais vous n’auriez pas du vouloir prendre sa place et changer ce qu’il avait organisé.

Niccolò: j’ai cru bien faire en disant la vérité et j’ai été puni comme il se doit. Il me faut maintenant me trainer au niveau du sol et personne ne m’aime. Ce n’est pas drôle.

Socrates: vous regrettez?

Niccolò: oui. On me laisse tranquille mais je suis seul.



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