Pourquoi? demande l’enfant aux 2 aigles vénérables

pourquoi

Pourquoi les gens désobéissent-ils?

Pourquoi y a-t-il des virus?

Pourquoi y a-t-il des inégalités?

Pourquoi les gens protestent?

Autres questions à venir progressivement

1: Pourquoi les gens désobéissent-ils?

L’enfant: messieurs les aigles vénérables, pouvez-vous me dire pourquoi les gens désobéissent?

Jacques Adam: parce que sinon  il n’y aurait pas de police et de prisons alors que feraient ceux qui y travaillent?

René Georg: et puis ils désobéissent uniquement à ceux qui ont établi certaines règles, pas à d’autres qui ont des règles différentes.

L’enfant: pourtant si tout le monde obéissait aux mêmes règles, il n’y aurait pas de punition et ce serait mieux pour tous, vous ne croyez pas?

Jacques Adam: il faut un équilibre dans la société pour que chacun y trouve sa place. Ceux qui aiment punir ou assurer l’ordre ont besoin de ceux qui désobéissent. Ceux qui désobéissent ont besoin de ceux qui font des règles. Tout le monde ne peut pas être pareil.

René Georg: en plus, il faut de la nouveauté et de la différence parce que si quelque chose arrive à certains, ceux qui ne sont pas les mêmes auront une chance d’être sauvés.

L’enfant: vous pouvez me donner un exemple pour que je comprenne mieux?

Jacques Adam:  imagine une règle qui affirme qu’il faut éviter d’être en groupe car il y a un virus très dangereux qui se transmet de personnes à personnes. Tu sais ce que c’est un virus?

L’enfant: oui, c’est comme une maladie.

Jacques Adam: c’est ça. Donc pour ne pas être malade, il faut garder ses distances mais certains ont décidé qu’ils ne voulaient pas faire attention. Ils pensent qu’ils ne seront pas atteints par le virus donc que la règle ne s’applique pas à eux.

L’enfant: et ils ont raison?

Jacques Adam: on ne sait pas avec certitude pour chacun d’eux donc on leur demande à tous d’être prudent. On va donc demander aux policiers de veiller à ce qu’ils suivent les règles. C’est pour ça qu’il faut des policiers, pour protéger les autres de leurs erreurs potentielles.

René Georg: dans ce cas précis, parce que le virus est très fort, ils attraperont sans doute la maladie mais c’est pourtant un bien pour la société car plus les gens sont infectés, moins il peut se répandre car il n’a plus personne chez qui aller. Surtout si ceux qui ont la maladie en guérissent car ensuite, ils sont immunisés au moins pour un temps. L’immunité du troupeau se construit peu à peu.

L’enfant: c’est un drôle de nom!

René Georg: oui, ça veut dire qu’il faut un grand nombre de gens immunisés.

L’enfant: comme avec un vaccin?

René Georg: c’est ça mais comme dans ce cas, il n’y a pas de vaccin, il faut que ça se passe autrement.

Jacques Adam: il y a aussi beaucoup de gens qui travaillent pour trouver un remède donc eux aussi, ils ont besoin du virus et des malades. Sans compter les médecins et les infirmières qui soignent les malades. Tu vois que tout se complète.

L’enfant: donc je peux désobéir comme je veux?

Jacques Adam: seulement si tu acceptes d’être puni et dans le cas de notre exemple, d’être malade. Tu dois toujours savoir que tu prends des risques et te demander si ça vaut la peine.

René Georg: ceux qui désobéissent le font pour leur plaisir personnel immédiat. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils sont nécessaires à la survie de l’espèce. Dans le cas de notre exemple, ce sont les premiers soldats qui montent au front. Ils pourront en mourir et c’est pour cela qu’on ne veut pas qu’ils y aillent mais s’ils en réchappent, ils aideront la société. Ce que l’on fait en le décidant, on le fait aussi parce que des forces externes nous poussent à le faire sans qu’on en soit conscient.

L’enfant: je pense donc être libre en désobéissant mais je ne le suis pas plus que si j’obéis, c’est ça?

Jacques Adam: tu rentres dans un processus d’équilibres quoique tu fasses mais pour ce qui est de la liberté, c’est quand tu comprends pourquoi tu fais les choses que tu la gagnes.

René Georg: ta liberté, c’est d’accepter la responsabilité de tes décisions. Tu es le jouet de l’histoire du monde mais cela doit te plaire. C’est pour cela que c’est souvent attirant de désobéir même si tu en souffriras certainement ensuite. Tu es libre si tu acceptes tout cela. Mais n’oublie pas que tu n’es pas seul. Tu peux penser avoir une chance d’aider la société mais tu risques de peiner ou de faire souffrir tes proches ou ceux que tu cotoies; que vas-tu choisir?

2: Pourquoi y a-t-il des virus?

Bertie: messieurs les aigles vénérables, pouvez-vous me dire pourquoi il y a des virus?

Jacques Adam: Bertie, nous en avons déjà parlé un peu la dernière fois, tu te souviens? Il faut des maladies et des malades pour justifier les médecins, c’est une question d’équilibre.

René Georg: par ailleurs, les virus sont toujours présents dans le monde mais la plupart ne sont pas actifs. La question devrait donc être, pourquoi certains virus apparaissent à certains moments?

Bertie: alors, qu’elle est votre réponse?

Jacques Adam:  ils se développent quand un groupe particulier ou une partie de ce groupe est stressé ou affaibli. A cause de la guerre, de la surpopulation, de la famine, de la misère, de la pollution. Car le groupe est comme un corps. Si il n’est pas en bonne santé, il est susceptible de développer des maux nouveaux. Il faut des crises pour remettre les choses en place ou les faire disparaître.

Bertie: mais le groupe, ce sont des individus; ce sont les individus qui attrapent le virus.

René Georg: tu as raison mais parce que le groupe vit mal pour une raison ou une autre, il semble que certains deviennent sensibles à de nouveaux maux. Une fois que le virus a trouvé une façon de se développer, il commence à proliférer et passe d’individus à individus selon la méthode de propagation qui lui est prope. Ce sont des forces historiques qui influencent l’apparition des choses mais ces forces ont besoin des individus pour être mises à jour.

Jacques Adam: c’est un mélange de hasard et de nécessité. Le hasard parce qu’il faut la rencontre d’un individu en mauvaise santé avec un élément porteur, une nécessité parce que le groupe en général est en déséquilibre depuis un moment et le virus va être l’occasion de remédier à ce déséquilibre.

Bertie: de quelle façon?

Jacques Adam: en éliminant les plus faibles et ceux qui n’ont pas un système de défense approprié. Cela va faire plus de place pour que les individus plus résistants prospèrent, cela va éliminer des fardeaux. C’est comme cela que la nature procède toujours. Pour les humains comme pour les plantes ou les animaux. Aucun individu de l’espèce concernée n’est visé spécifiquement car la nature est indifférente à l’individu mais un certain nombre devra disparaître avant que l’équilibre ne se fasse. La propagation du virus agit un peu comme une vague qui passe et entraine certains sur son passage pendant que d’autres seront épargnés. Cela tient aussi du hasard et de la nécessité.

René Georg: l’idée de la nature, c’est de ne garder que ce qui fonctionne bien car c’est comme cela que les espèces évoluent; le virus est un moyen parmi d’autres de faire du tri. Les tempêtes, les inondations, les tremblements de terre obéissent à la même logique.

Bertie: mais je ne veux pas être utilisé pour atteindre ce but!

Jacques Adam: personne ne le veut, c’est pour cela qu’aussitôt que le virus apparait, une sorte de fièvre s’empare des membres de la société; cette fièvre, comme dans un corps, est destinée à lutter contre l’attaque; elle va permettre d’activer de nouveaux moyens de défense. On le voit dans les arbres quand ils sont attaqués par une maladie, on le voit chez les humains, on le voit chez les espèces animales.

René Georg: il y a une raison à l’oeuvre dans tout cela mais la raison est étrangère aux émotions.

Bertie: donc le groupe devrait être meilleur une fois que la maladie sera maîtrisée?

Jacques Adam: meilleur, c’est un jugement de valeur mais certainement plus fort s’il réussit à résister à l’attaque, à surmonter le problème en sachant dorénavant comment s’en défendre. Plus conscient aussi de ce qui peut le miner si bien que pour un temps, il fera plus attention à ce que cela ne se reproduise plus. Ce mouvement de va et vient entre des extrémes est ce qui produit des avancées, des changements. C’est pour cela que toute espèce a déjà tout un ensemble de moyens de défense qui témoignent de son histoire particulière.

René Georg: c’est le but de l’histoire que d’amener vers une plus grande perfection mais il s’agit de la perfection du général, pas de celui du particulier même si chaque particulier peut éventuellement en bénéficier. C’est toujours une lutte entre l’entropie qui crée du chaos pour atteindre un retour à l’équilibre total, une ligne droite sans plus de hauts et de bas, et la néguentropie qui crée des différences et de la valeur en organisant les choses.

Bertie: je n’aime ni les virus, ni ce que vous dîtes.

Jacques Adam: il faut que les choses disparaissent pour que de nouvelles apparaissent. Toi-même tu n’existes que parce que d’autres ont agi et ont disparu. C’est le cycle des choses.

René Georg: dans les sociétés humaines dont tu fais partie, un virus peut permettre aux individus de réfléchir à ce qu’ils sont et de réévaluer leurs valeurs.



3: Pourquoi y a-t-il des inégalités?

Bertie: messieurs les aigles vénérables, pouvez-vous me dire pourquoi il y a des inégalités?

René Georg: parce qu’elles sont le moteur de l’histoire, Bertie, et j’aime à ce propos raconter la parabole du maître et de l’esclave. Imagines au départ un combat entre deux créatures: l’une va devenir maître parce qu’elle était la plus forte et ne craignait pas de mourir; l’autre va devenir esclave parce qu’elle préfère se soumettre plutôt que de perdre la vie. Le maître demande alors à son esclave de faire pour lui les tâches qui ne l’intéressent pas. Peu à peu, sans s’en rendre compte, il devient dépendant du travail de son esclave puisqu’il ne sait plus faire ce qu’il lui demande d’accomplir pour lui. Par ailleurs, l’esclave, à force de travailler, devient plus habile et trouve des moyens de se faciliter la tâche. Il développe son intelligence pendant que le maître se repose si bien qu’un jour, il se rend compte qu’il est plus fort que le maître et peut à son tour le dominer. C’est une histoire imaginaire, bien sûr, mais vois-tu comment les inégalités permettent le développement individuel?

Bertie: oui, je crois, mais il faut supposer que le maître ne fait rien et ne contrôle pas son esclave. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas dans la réalité.

René Georg: tu as raison, ce n’est pas si simple que cela mais mon intention était de te montrer comment les inégalités sont source de progrés, rien de plus.

Jacques Adam: n’oublie pas non plus que les inégalités sont nécessaires pour que le sens de l’égalité se développe. C’est en comparant ta condition à celle d’autrui moins favorisé que tu peux avoir l’idée d’améliorer les choses pour tous.

Bertie: mais le maître ne veut pas aider son esclave! Et même si l’inégalité finit par changer de personne, elle reste cependant inégalité.

René Georg: oui, voila qui est bien vu. L’inégalité est nécessaire dans un cas comme dans l’autre. Pour moi, elle est vue comme la source des conflits qui générent de l’énergie et des changements. Pour mon ami Jacques Adam, elle crée des différences qui permettent une réflexion et un éveil de la conscience.

Jacques Adam: on peut aussi dire qu’elle est nécessaire mais jamais acceptée. C’est pour cela que ceux qui la subissent luttent pour améliorer leur sort et que ceux qui ont de l’empathie luttent pour la faire décroitre. Ils inventent des régles, ils inventent des façons de faire, ils déploient leur ingéniosité à se faire voir, entendre, respecter. Regarde comment les plantes luttent entre elles pour avoir accés au soleil ou à la pluie, chacune inventant une façon de faire qui lui permettra de croître au mieux au dépend des autres. Ou alors, vois comment certaines s’entraident en unissant leurs caractéristques différentes pour se protéger mutuellement.

Bertie: qu’est-ce que l’empathie?

Jacques Adam: c’est le fait de pouvoir se mettre à la place d’autrui et de ressentir ou penser ressentir ce qu’il ressent. Ainsi, quand tu vois quelqu’un de malheureux, tu souffres pour lui car tu as toi-même expérimenté la souffrance.

René Goerg: le maître la supresse en pensant qu’il est d’une espèce différente de son esclave. Ça lui permet de ne pas se sentir coupable.

Bertie: et les plantes ont cela aussi?

Jacques Adam: elles partagent beaucoup de caractéristiques avec les humains comme toi ou les animaux comme nous donc oui, elles peuvent s’aider mais cela ne prend pas une forme aussi précise que ce dont tu as l’habitude.

René Goerg: s’il n’y avait pas de lutte pour la survie, personne ne vivrait. Et si chacun était égal aux autres, il n’y aurait pas d’évolution.

Bertie: pourtant, l’inégalité est difficile à vivre pour ceux qui sont opprimés. Ce n’est pas juste pour eux. Faut-il vraiment que les choses évoluent? Ne pourrait-elles pas être fixées au mieux pour tous?

Jacques Adam: si tout était statique, tout serait mort. Le seul fait de naître introduit une croissance et la nécessité de prendre une place qui ne sera pas celle d’un autre. D’où une lutte avec ceux qui précédent et ceux qui arrivent. Par ailleurs, s’il n’y avait pas de différence, comment devrait-on tous être? Beaux, forts, invincibles? Ce sont des caractéristiques qui n’existent que parce que certains sont laids, faibles, fragiles.

René Georg: il y a des positions qui sont plus enviables et c’est pour cela que ceux qui ne l’ont pas luttent pour l’avoir et que d’autres essaient de trouver un moyen pour que chacun l’atteigne. La nature ou l’histoire ne s’occupent que du général, cela crée des problèmes au niveau individuel. C’est donc à chacun de voir comment vivre avec ces contraintes

Bertie: il n’y a donc pas de solution?

Jacques Adam: si! Trouve ta place dans le système des échanges et voit en quoi elle bénéficie aux autres comme à toi. Cela te rendra heureux.se. La différence et l’inégalité ouvrent d’innombrables possibilités, même aux plus démunis.

René Georg: c’est en utilisant ta raison que tu trouves comment être.

Bertie: mais si ma position, c’est d’essayer de supprimer les inégalités et si vous me dites qu’elles sont inévitables, à quoi bon?

Jacques Adam: tu feras évoluer les choses et en ce sens, ton action ne sera pas inutile même si elle ne sera jamais victorieuse.

René Georg: tu seras part de l’histoire et si tu as fait le choix qui te convient, tu en seras satisfait.e malgré les échecs. En cela, tu ressembleras à toutes les créatures qui ont toujours à lutter sans jamais gagner.

Bertie: même les puissants, même les riches?

René Georg: oui, même ceux-là car conserver puissance et richesse signifie lutter contre les forces qui veulent les leur enlever. Chaque créature est confrontée aux autres et ce n’est jamais facile même si personne ne voudrait être seul.

Jacques Adam: Le mendiant n’a rien à perdre. L’esclave n’a pas à se soucier de ses choix. Le prisonnier n’a pas besoin de travailler. Il y a dans toutes les positions moyen d’être heureux quand on en voit l’avantage.

Bertie: pourtant vous ne voudriez ni être mendiant, esclave ou prisonnier, n’est-ce pas?

René Georg: non, tu as raison, nous lutterions pour améliorer notre sort et cela donnerait un sens à notre vie. A moins que nous ne soyons assez sages pour accepter notre sort avec le sourire mais cela demande beaucoup de force.

Jacques Adam: l’inégalité est souvent dans la différence entre tes rêves et ce que tu peux atteindre. Dans l’ici et maintenant de l’existence, elle disparait parce que tu n’y penses pas.

Bertie: à condition d’avoir le ventre plein, vous ne croyez pas?

René Georg et Jacques Adam: tu as raison, il faut avoir un minimum de besoins vitaux satisfaits pour pouvoir philosopher!



4: Pourquoi les gens protestent?

Bertie: messieurs les aigles vénérables, pouvez-vous me dire pourquoi les gens protestent?

Jacques Adam: mais Bertie, n’ont-ils pas expliqué leurs raisons?

Bertie: si, mais je me doute que vous aurez d’autres points de vue et j’aimerais les entendre.

René Georg: ah, nous allons faire de toi un.e philosophe et tu as raison, les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles n’apparaissent ou ne sont dites. Les gens qui protestent pensent avoir une cause juste mais une idée non partagée n’a pas beaucoup de force donc joindre un groupe, c’est luyi donner de l’ampleur. Cela ne signifie cependant pas qu’ils ont raison en dehors du groupe auquel ils se sont joints.

Jacques Adam: une protestation met en jeu des conceptions opposées qui ont besoin l’une de l’autre pour se définir. Elle révèle un manque, un peu comme les processus d’offres et de demandes dans lesquels ce qui est rare est cher.  C’est alors pour certains intéressants de répondre au besoin jusqu’au moment où l’offre dépassera la demande et où l’intérêt baissera. Mais ceux qui profitaient de la rareté ne sont pas d’accord pour la partager et résistent. D’où la nécessité de protester et de contre-protester pour se faire entendre et persuader ceux qui n’ont pas choisi un camp.

Bertie: les idées ressemblent donc à  des produits et les protestants en font commerce?

Jacques Adam: oui, mais c’est d’abord une lutte pour le pouvoir au lieu d’une lutte pour l’argent même si en fin de compte, cela se rejoindra. Chaque protagoniste fait valoir les mérites de son produit et en oublie les défauts. La violence et la sécurité contre la tolérance et la liberté, par exemple. En réalité, il est impossible de se passer de l’une comme de l’autre donc ceux qui protestent ne sont jamais objectifs car ce serait contre-productif.

René Georg: c’est ainsi que l’Histoire se construit. Tu te rappelles que je t’avais dit que les individus en sont les jouets? Ils agissent pour des raisons personnelles mais ces raisons sont influencées par le contexte historique. Ils doivent donc protester mais le changement demandé ne sera pas celui qui se produira car ils ne contrôlent et ne voient pas tout. Il en va de même pour ceux qu’on appelle les Grands Hommes ou les Héros: ils guident les révolutions mais sont juste la nécessaire incarnation d’un mouvement de balancier. Ils n’ont pas choisi d’être ce qu’ils sont, ils se sont juste trouvés à une place particulière qui a fait d’eux ce qu’ils sont devenus. Ensuite, le jeu des influences et des courants décide du résultat.

Bertie: ceux qui protestent croient donc qu’ils sont du bon côté mais ce n’est pas sûr qu’ils comprennent pourquoi ils protestent ?

René Georg: il faut qu’ils pensent avoir raison pour agir comme ils le font mais ce qui sera gagné d’un côté sera perdu de l’autre. S’ils obtiennent des concessions, ce sera au dépend de quelque chose qui a eu son utilité ou sa justification à un moment ou à un autre.

Jacques Adam: dans les idées comme dans la nature, il faut qu’il y ait beaucoup de possibles pour permettre des choix collectifs adaptés à la situation particulière mais il est impossible de savoir à l’avance ce qui sera retenu.

Bertie: donc les valeurs sont interchangeables, c’est ce que vous voulez dire, et ceux qui protestent, cinquante ans plus tôt ou plus tard, auraient pu être d’un autre bord?

René Georg: cinquante ans, c’est peu mais cent ans, avec une autre éducation, c’est possible. Ceux qui protestent sont ceux qui croient que le changement est préférable au statu quo parce qu’ils ne sont pas satisfaits de leur condition. Il y en a toujours et cela crée un processus dynamique qui génére des transformations.

Jacques Adam: les valeurs s’imposent nécessairement mais c’est souvent le hasard qui les fait naître. Ensuite, comme pour une marchandise, ceux qui voient l’utilité d’un nouvel ordre cherchent à convaincre les autres et s’ils y parviennent, le résultat final sera alors un compromis adapté à l’époque.

Bertie: vous semblez dire que rien n’a vraiment de valeur supérieure qui pourrait entrainer l’adhésion de tous. Ne croyez-vous pas que ceux qui protestent peuvent agir pour des raisons altruistes?

René Georg: la valeur supérieure ne le deviendra qu’après coup, si elle est admise par la majorité mais elle ne sera jamais admise par tous sinon il n’y aurait même pas à en discuter. Au départ, elle est juste une aspiration qui s’exprime plus ou moins fort. Comme en science, elle commence par une voix isolée qui est critiquée puis qui éventuellement grandit peu à peu si elle correspond à ce dont la société pense avoir besoin. Quant aux raisons altruistes, elles existent sans doute mais elles restent des raisons individuelles nées de l’histoire. Cela ne remet pas en cause le mouvement général des choses.

Jacques Adam: toute valeur sera un jour remplacée par une autre car rien ne reste statique. L’altruisme permet uniquement plus de cohésion sociale à l’intérieur d’un groupe mais il n’est pas universel car il lui faudrait alors concilier des opposés, c’est impossible.

Bertie: les choix ne sont jamais libres, donc?

René Georg: non, ne serait-ce que parce que tu ne peux pas te passer de prendre position.

Jacques Adam: c’est aussi le rôle de ceux qui protestent que de t’obliger à choisir mais ils se doivent de formuler leur discours de façon à ne proposer que deux alternatives là où il y en a bien d’autres.

Bertie: c’est vrai, si je les rejoignais, j’aurais une cause et j’appartiendrais à un groupe qui lutte pour la faire reconnaître. Ou pas. Dans tous les cas, cela me donnerait une direction claire.

René Georg:  ne crois-tu pas qu’en venant nous voir, tu as choisi un chemin clair lui aussi? Tu ne te laisses pas enfermer dans une dualité trop simple.

Jacques Adam: se laisser influencer par les choix d’autrui, c’est prendre le risque de s’égarer. Par ailleurs, tu sais bien que tu ne peux pas lutter pour toutes les causes qui existent et s’opposent.



Jacques Adam est un disciple d’Adam Smith et de Jacques Monod.

René Georg, lui, aime se référer à René Descartes et Georg Wilhem Friedrich Hegel.

Bertie va souvent à la bibliothèque du domaine, lit de tout et pose beaucoup de questions

2 Comments

  1. Claude LECOMTE

    Texte très bien écrit qu’il faut lire plusieurs fois pour pénétrer les paroles des deux aigles, rois des oiseaux et rois du ciel, chamans et porteurs de lumière et qui nous amènent à revisiter nos connaissances des penseurs, hommes de science et philosophes passés et contemporains.
    Merci aussi pour la bibliothèque du domaine qui ouvre l’appétit sur de nouvelles lectures.

    https://dialogues.ldart.work/fr/bibliotheque/

    1. admin

      Oui, il faut lire et relire, ou lire lentement car les idées sont condensées. C’est la difficulté d’un court dialogue avec le danger que ce soit mal compris mais bon, c’est comme ça, difficile de présenter de façon linéaire quelque chose qui a d’innombrables ramifications. Il faut faire des choix. Merci pour le très beau commentaire en tout cas.

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