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Dialogue existentiel 25: du nationalisme et de la politique

Dialogue existentiel 25: du nationalisme et de la politique

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du nationalisme et de la politique
Zenon

Du nationalisme et de la politique

Un dialogue entre Irinas les feuilles mortes et Emmanuelles les tortues Les Irinas pensent que la vie est attente et mystère mais elles sont disposées à saisir les opportunités du moment tout en restant nostalgiques du passé. Elles craignent le mal qui sait prendre des apparences trompeuses. Les Emmanuelles sont des raisonneuses qui préfèrent se fier à la logique plutôt qu’aux sentiments.

Emmanuelles: chere Irinas, avez-vous noté qu’encore une fois, Peter et Davina ont été dupés par leur fascination des moeurs humaines qu’ils connaissent sans pour autant savoir les relativiser?

Irinas: à propos de cette histoire de chats et de chiens à Taïwan?

Emmanuelles: oui, c’est cela. Protéger ces animaux de compagnie, ce n’est pas faire œuvre humanitaire, c’est sentir le vent et remplacer les coutumnes locales par des valeurs plus contemporaines pour à terme cimenter l’unité de la nation.

Irinas: vous voulez dire que les dirigeants ont fait promulguer cette loi parce qu’elle était dans l’air du temps et sert leurs visées?

Emmanuelles : c’est évident. De toute façon, les chats et les chiens étant devenus animaux de compagnie, ils avaient déjà un status particulier. L’officialiser, c’est parier que cela va dans le sens de l’histoire et gagner les louanges à peu de frais. Vous paraissez progressistes, vous projetez dans le pays et hors du pays un air de modernisme, cela ne peut à terme que rendre la population plus fière.

Irinas: tout en se différenciant des pays voisins qui tout à coup semblent rétrogrades.

Emmanuelles : c’est cela, un beau coup politique. D’ailleurs, il se peut qu’en réaction, certains pays limitrophes aillent dans le sens inverse pour affirmer leur spécificité et renforcer la cohésion nationale par un attachement aux valeurs traditionnelles.

Irinas : à Taïwan, cela fait pourtant aussi le bonheur des chats et des chiens puisque leur statut s’améliore.

Emmanuelles: ils sont certainement anecdotiques dans cette affaire car s’ils étaient déjà animaux de compagnie, ça ne change rien pour eux et s’ils étaient destinés à la consommation, je ne pense pas qu’ils échapperont à leur sort.

Irinas: ce sont en tout cas les marchands de produits pour chiens et chats qui se frottent les mains.

Emmanuelles: vous avez raison, économie et politique vont bien ensemble.

Irinas: dès que les technologies permettent de nouvelles avancées, elles sont mises en avant pour déterminer de nouveaux comportements. Ici, cela ne m’étonnerait pas que les circuits de distribution soient mieux organisés qu’autrefois et que des surplus de nourriture favorisent la production d’aliments animaliers.

Emmanuelles: qu’il faut alors écouler, vous avez raison. Le but d’un état est de créer une image valorisante pour renforcer le nationalisme et donc la cohésion sociale. Dans ce cas, c’était un moyen assez facile qui satisfait aussi les impératifs de consommation et donc l’économie générale. On remplace une vieille habitude qui commençait à être critiquée par une autre qui permet de s’identifier à une tendance considérée comme dominante et on permet au pays de s’enrichir.

Irinas: le problème, c’est que les éleveurs ne sont certainement pas satisfaits et que la majorité du peuple, habituée à la situation, va devoir se faire à l’idée que le pays progresse. Bouleverser les coutumnes, c’est un pari risqué. Il va leur falloir faire un travail d’éducation pour homogénéiser rapidement les valeurs du peuple, à commencer par l’éducation dans les écoles.

Emmanuelles: vous pouvez être sûre qu’une campagne de sensibilisation a eu lieu bien en amont de cette décision. Peter et Davina ne voient pas que chaque culture à sa propre façon d’avancer et jugent tout à la mesure de leurs idées. Ils confondent la liberté des espèces qu’ils voudraient universelle et prendre des libertés avec ces espèces pour des motifs politiques comme c’est ce qui s’est passé à Taíwan.

Irinas: jolie formule car personne n’est plus libre qu’avant dans ce cas et imaginer que les chiens et les chats seront plus protégés s’ils sont animaux de compagnie, c’est se leurrer sur la nature humaine. Ce sont dans ces cas là que nous sommes heureuses de ne pas être évaluées avec ces catégories humaines. Pour ma part, je ne me sens ni libre ni emprisonnée, ni protégée ni en danger, je fais ce que je dois faire selon ce qui me définit.

Emmanuelles: ceci dit, vous pouvez être sures que les humains ne voudraient pas de notre vie!


Analyse

Comment une nation se construit-elle?

Pour Emmanuelle, ses dirigeants doivent exploiter les opportunités qui permettent au nationalisme de se développer autour de valeurs communes et partagées qui permettront au peuple de se sentir fier. Chaque pays a sa façon de faire qui le différencie des autres et renforce son identité.

Pour Irinas, le développement technique et économique est mis en avant pour faciliter des manières de voir en accord avec les nouveaux impératifs de consommation que cela implique. Il est alors nécessaire que l’éducation intervienne pour faire oublier les idées passéistes et promouvoir les idées nouvelles qui rassembleront les individus.

Discussions possibles

Quel est le but d’un état?

En politique, les considérations humanistes doivent-elles l’emporter sur les considérations économiques?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, Nations et nationalisme où Gellner montre comment un état renforce le nationalisme pour exister.

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Envie d’en savoir plus sur les goûts d’Emmanuelles et Irinas? Leur livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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