Dialogue existentiel 10: qu’est-ce que la mort?

qu'est-ce que la mort?

Irina:   Aurelius, qu’est-ce que la mort? Nous sommes là, nous décomposant peu à peu, perdant nos couleurs, la proie des poissons et des vers, n’y a-t-il rien d’autre?

Aurelius: ne vous inquiétez pas, vous perdez juste une forme pour en gagner une autre. Nous appartenons toujours à deux mondes, celui de la terre et celui des cieux. Vous avez quitté l’un pour entrer dans l’autre.

Irina: mais nous aimions notre forme, nous balancer dans le vent en haut des branches, voir passer les nuages, écouter le chant des oiseaux. Nous avions envie du futur, de ce qu’il allait nous apporter, des variations que nous allions expérimenter; maintenant, que reste-t-il de cela?

Aurelius: avez-vous déjà oublié la pluie, la grêle, les chaleurs d’été qui vous ennuyaient? Ne vous êtes-vous pas plaintes de cela? Ne vouliez-vous pas aller ailleurs, habiter un autre arbre, pas la même branche, plus près du tronc? Ne voyez-vous pas que dans une certaine mesure, vos souhaits ont été exhausés?

Irina: nous savions que la mort était au bout de notre vie et c’est cela qui nous encourageait à vivre pleinement et à vouloir améliorer notre condition mais nous ne voulions pas changer de façon aussi radicale. Nous n’étions pas prêtes pour cela.

Aurelius: la vie comme la mort sont amour, l’une vous met en mouvement, l’autre vous élève. C’est cette connaissance qui vous permet de profiter de la premiere et c’est ce qui doit aussi vous permettre de ne pas regretter ce qui a disparu.

Irina: aurions-nous pu vivre plus si nous avions mieux profité des moments individuels de notre existence?

Aurelius: non, vous savez qu’aucune feuille verte ne passe l’hiver ici.  Votre mort était programmée quoi que vous fassiez et vous avez bien vu qu’elle était autant un obstacle qu’un outil. Cela vous a conduit à profiter des moments qui vous étaient accordés. Il n’y a rien à regretter.

Irina: c’est parce que nous avons bien vécu que nous sommes d’autant plus tristes de partir. La nostalgie que nous éprouvons n’a rien à voir avec la réalité du passé. Elle vient de l’éloignement avec ce qui était. La transition vers ce nouvel état dont tu nous parles demande un oubli qu’il ne nous est pas encore facile d’opérer.

Aurelius: ce que vous ne savez pas encore, c’est que toute existence est existence qui dépasse l’individualité. Oubliez votre vie terrestre et vous comprendrez que vous avez rejoint la source de tout être plutôt que de l’avoir quittée.

Irina:  nous sommes donc nostalgiques par manque de clairvoyance?

Aurelius: vous vous accrochez à un passé qui ne reviendra pas parce que vous aimez encore la vie telle que vous l’avez vécue. C’est en laissant les choses s’estomper que tout deviendra clair. Comme vous avez désormais l’éternité de l’amour devant vous, soyez rassurées, tout s’arrangera.

Irina: nos pensées sont donc encore trop terrestres?

Aurelius: elles ne sont pas encore bien claires. Vous devez toujours prendre les décisions qui vous rendront  heureuses, même maintenant.

Irina: mais nous n’avons pas choisi ce moment.

Aurelius: vous saviez pourtant qu’il viendrait et vous avez agi avec cette connaissance. Votre destinée est toujours entre vos mains mais il vous faut y croire pour le comprendre.

Irina: c’est froid et humide ici, ce n’est pas drôle.

Aurelius: ce n’est qu’une transition. Réfléchissez à ce que je vous ai dit et voyez ce que vous voulez en faire. Pour ma part, je vais aller voler ailleurs et voir où d’autres m’appellent.


Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, La mort où Vladimir Jankelevitch réfléchit sur ce paradoxe: « Si la mort n’est pensable ni avant, ni pendant, ni après, quand pourrons-nous la penser? »

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