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Dialogue existentiel 24: la sécurité menace-t-elle la liberté?

Dialogue existentiel 24: la sécurité menace-t-elle la liberté?

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La sécurité menace-t-elle la liberté?

La sécurité menace-t-elle la liberté?

Un dialogue entre Peter le faucon et Davina l’oie. Peter pense que les animaux sont les égaux des humains et que l’entraide est nécessaire. Davina est une grande voyageuse qui affirme que la connaissance et la morale s’acquièrent avec l’expérience. 

Davina: Peter, l’histoire que je vous propose aujourd’hui vient de Taïwan.

Peter: au large de la Chine, c’est ça?

Davina: oui, c’est ça. Le gouvernement là-bas a pris une décision qui va sans doute avoir des effets dans une bonne partie de l’Asie car il a interdit la consommation de chiens et de chats.

Peter: c’est pourtant de la bonne viande.

Davina: cher Peter, vous n’avez jamais pensé à devenir végétarien?

Peter: avec le bec que j’ai?! Comment ferais- je pour manger des herbes ou des légumes!

Davina: vous avez raison, je me suis laissée entraîner par mes préférences. En tout cas, à Taïwan, comme les chats et les chiens sont de plus en plus souvent des animaux de compagnie, ils ne sont plus considérés de la même manière.

Peter: je vois. Donc si les oies et les canards devenaient des animaux de compagnie, il n’y aurait plus de foie gras?

Davina: c’est cela, votre association d’idées est pleine de tact aujourd’hui

Peter: ne vous inquietez pas, vous êtes une oie sauvage, vous ne risquez rien.

Davina: je risque un coup de fusil comme vous je suppose mais vous avez raison, les espèces domestiques ne nous ressemblent guère. Elles ont été forcées à renoncer à leur liberté.

Peter: en échange de nourriture et sécurité. A première vue, il semble qu’il y ait certains avantages.

Davina: si elles avaient volontairement décidé d’abandonner leur liberté, on pourrait les féliciter mais ce n’est pas le cas.

Peter: qu’ils soient animaux de consommation ou animaux de compagnie, les chats et les chiens restent des esclaves dépendant du bon vouloir de leurs maîtres, obligés de leur plaire et sans doute incapables de survivre seuls. Si l’on met cela de côté, cette loi semble augmenter leur bien-être.

Davina: car en étant protégés, ils deviennent privilégiés?

Peter: oui, leur prison est plus agréable même si elle reste une prison. Vous avez vu les chiens qui passent ici? Toujours en laisse, certains habillés comme des enfants! Ce sont des animaux qui n’ont rien à dire sur les conditions de leur existence alors si on leur fait une faveur, ils sont contents.

Davina: c’est vrai, je les plains comme ces chats obèses et incapables de se reproduire qu’on aperçoit parfois!

Peter: la question qui se pose pourtant, c’est de savoir s’ils sont vraiment heureux.

Davina: quand vous ne connaissez rien d’autre qu’une existence sécurisée, plus de sécurité dans de meilleures conditions semble un progrés, non?

Peter: alors que diriez-vous de nous qui ne connaissons rien d’autre que la vie sauvage que nous n’avons d’ailleurs pas choisie? Elle nous plait par défaut?

Davina: oui, nous sommes prisonniers de notre destinée comme ces chats et ces chiens et nous aimons ce que nous appelons la liberté parce que c’est ce que nous avons.

Peter: ceci dit, la vie en cage ne nous plairait pas même s’il est certain que nous manquons de sécurité et parfois de nourriture.

Davina: donc, si la liberté est dans le sentiment que l’on porte sur sa condition et que l’on voit soudain sa condition s’améliorer, pensez-vous aussi qu’on a le sentiment d’être plus libre?

Peter: sans doute. Plus libre de se consacrer à des choses qui étaient impossibles avant. Nous pourrions par exemple voler  pour le plaisir de découvrir de nouveaux endroits si nous n’étions pas sans cesse tenu de trouver à manger.

Davina: pourtant cette obligation est aussi notre liberté car elle signifie que nous ne dépendons que de notre habileté pour survivre.

Peter: à condition que nous en ayons les moyens ce qui fait que pour certains, la sécurité est un bienfait qui diminue leur soucis ou compense leurs faiblesses.

Davina: il s’ensuit donc que dans un cas comme dans l’autre, la liberte n’est pas donnée et la sécurité se paye. C’est en fait l’idée du Contrat Social qui permet aux humains de vivre dans des sociétés organisées et policées.

Peter: et c’est donc un bien que ce contrat ait été étendu à ces chats et ces chiens car ils font partie de cette société et ont besoin d’être protégés. Cela augmente leur satisfaction générale et celle de la majorité de leurs maîtres.

Davina: c’est vrai, relâchés dans la nature, cela n’aurait pas amélioré leur situation. Quant à nous, enfermés dans un enclos, nous serions certes plus en sécurité mais certainement malheureux.


Analyse

Quels sont les rapports entre sécurité et liberté ?

Pour Davina, sécurité et liberté ne sont pas incompatibles mais se déclinent différemment selon les circonstances car  protéger la liberté ou protéger l’individu ne sont pas les mêmes choses. Dans le 1er cas, plus de liberté occasionne moins de sécurité donc paradoxalement, plus de contraintes pour survivre. Dans le 2ième cas,  plus de sécurité peut promouvoir plus de liberté mais dans un cadre bien défini qu’il faut accepter au départ. C’est l’idée du Contrat Social.

Pour Peter, il s’agit de savoir ce qui assure le plus de bénéfices au plus grand nombre: si la liberté est la priorité, alors la sécurité fera baisser la satisfaction même si elle apporte des avantages. Si la sécurité est recherchée ou indispensable, alors plus de sécurité augmentera l’impression de liberté et donc la satisfaction générale.

Discussions possibles

Pourquoi peut-on dire qu’abandonner sa liberté, c’est aussi la gagner?

En quoi la contrainte définit la liberté, et l’inverse?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, Du Contrat Social où Rousseau explique comment renoncer à sa liberté naturelle pour entrer dans une association citoyenne garantit à chacun une liberté protégée.

Envie de contribuer à ces dialogues? Ecrivez-vos commentaires et questions ci-dessous.

Envie d’en savoir plus sur les goûts de Peter et Davina? Leur livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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