Dialogue existentiel 4: l’indépendance de l’écureuille

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indépendance de l'écureuille

L’indépendance de l’écureuille

Un dialogue entre Simones les baies vertes et Luce l’écureuille. Les Simones affirment que la féminité est une condition imposée par l’histoire et la société et elles remettent en cause les rôles traditionnels. Luce pense que les mâles organisent tout selon leur nature et préfére être indépendante pour pouvoir vivre sans concessions.

Simones: Luce, Luce, que faites-vous aujourd’hui? Vous êtes toujours affairée!

Luce: je dois récolter des noix, mes enfants ont faim et je suis seule à les élever.

Simones: votre compagnon vous a quitté?

Luce: non, je l’ai chassé. Il n’est utile que pour la reproduction, ensuite, à quoi bon le garder?

Simones: mais vous avez l’air si douce et si tendre!

Luce: je suis douce et tendre avec mes enfants mais un écureuil mâle a trop de besoins et d’exigences. Il veut tout organiser selon sa nature, accepte mal la différence, ignore mes intuitions. Il vaut mieux qu’il aille voir ailleurs ou qu’il se débrouille seul.

Simones: vous êtes toutes comme cela? Nous pensions être les seules à avoir ce genre d’idées.

Luce: oui, bien sûr, cela nous simplifie la vie.

Simones: mais ne pensez-vous pas que la vie en couple a des avantages? Elle permet de partager les tâches, elle offre un soutien émotionnel et elle apporte des plaisirs.

Luce: oui, c’est vrai, élever des enfants seule n’est pas simple. Il nous faut sans cesse courir de ci, de là et nous devons les laisser seuls à la merci des chats, des rapaces, des martres. Ceci dit, un mâle écureuil ne sait pas s’organiser comme moi et se fâche s’il n’a pas le dernier mot. On ne peut pas compter sur lui car il est toujours parti à l’aventure. Sa compagnie, même épisodique, est souvent plus un fardeau qu’une aide. Je préfère donc voir d’autres femelles avec qui il est plus facile de trouver des points communs.

Simones: c’est donc étonnant que beaucoup d’espèces vivent en couple…

Luce: il se peut que certains mâles soient de bons compagnons mais chez les écureuils, ça ne se trouve pas. Il se peut aussi qu’il s’agisse de couples où la femelle a renoncé à son imaginaire pour se plier à celui du mâle et bénéficier d’une protection que pour ma part je trouve plus imaginaire que réelle.

Simones: si les enfants étaient élevés différemment, vous  ne croyez pas que cela pourrait changer la façon dont ils se comportent? La différence des sexes nous semble construite dans l’histoire, pas inscrite dans la nature – au delà d’une morphologie différente, bien sûr.

Luce: mes enfants mâles sont élevés selon mes conceptions et pourtant, ils retrouvent leur nature dès qu’ils quittent le nid. Ils sont vite en conflit entre eux. Ils doivent lutter pour survivre et s’imposer, cela leur crée une vision du monde qui différe de la mienne et qu’ils veulent ensuite imposer sans voir que leur expérience n’est pas universelle.

Simones: vous le regrettez?

Luce: non, pas du tout, j’aime mon indépendance même si elle me coûte et je laisse les mâles être comme ils veulent.

Simones: pourtant je crois que si chacun acceptait l’autre dans sa différence, la vie ensemble serait plus enrichissante pour chacun.

Luce: vous voulez dire, que les mâles apprennent de nous?

Simones: ou n’essaient pas de nous mouler à leur image…

Luce: j’ai bien peur que nos differences restent insurmontables.

Simones: vous avez peut-être raison. En tout cas, nous ne vous retenons pas plus longtemps et nous vous souhaitons bonne chance dans votre récolte.

Luce: merci les Simones, ça devrait aller. Je sais que j’ai mis beaucoup de noix de côté l’automne dernier, j’ai juste à les retrouver. C’est parfois un peu difficile car j’ai de nombreuses caches et je m’y perd mais en cherchant bien, je finis par presque tout retrouver.

Simones: vous êtes très organisée finalement.

Luce: il le faut car je ne peux compter que sur moi-même.


Analyse

Une vie commune, particulièrement entre partenaires de sexes opposés, ne peut-elle exister qu’autour d’un rapport de domination?

Pour Luce, c’est une évidence car la nature du mâle est de vouloir faire partager sa vision du monde qu’il pense universelle.  Il s’ensuit que dans un couple mâle-femelle, il faut toujours que la femelle se plie aux besoins et idées de son compagnon au prix de sa liberté.

Les Simones sont d’accord avec elles tout en affirmant que la cohabitation a des avantages et que l’éducation est à blâmer, pas la nature. La liberté pourrait être dans l’acceptation des différences.

Discussions possibles

Pourquoi le rapport hommes-femmes est-il pratiquement toujours vu sous l’angle de la domination de l’homme?

Le matriarcat est-il une solution au patriarcat?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, Ethique de la différence sexuelle par Luce Irigaray où elle explique « en quoi consiste l’insurmontable de nos différences ».

Envie de contribuer à ces dialogues? Ecrivez-vos commentaires et questions ci-dessous.

Envie d’en savoir plus sur les goûts de Luce et des Simones? Leur livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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