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Dialogue existentiel 23: le plaisir entre morale et égoïsme

Dialogue existentiel 23: le plaisir entre morale et égoïsme

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le plaisir entre morale et égoïsme

Le plaisir entre morale et égoïsme

Un dialogue entre Emilies les baies bleues et Simones les baies vertes. Les Emilies pensent que la vie en société introduit des jugements de valeur souvent néfastes aux aspirations simples et naturelles des êtres et que le bonheur est pourtant dépendant des autres. Les Simones affirment que la féminité est une condition imposée par l’histoire et la société et remettent en cause les rôles traditionnels.

Emilies: Simones, nous avons un conseil à vous demander.

Simones: un conseil? Nous pensions que vous n’approuviez pas notre mode de vie.

Emilies: c’est vrai mais vous savez séduire et sur ce point, nous en avons à apprendre.

Simones: vous en avez assez de vivre chez Socrates?

Emilies: non, pas du tout, mais nous avons peur que s’il nous garde toujours en décoration, nous ne pourrons jamais avoir de descendance alors nous nous demandons comment faire pour qu’il nous plante en terre.

Simones: mais pourquoi voulez-vous une descendance? Il y a déjà tant de baies, ne pensez-vous pas que cela suffise? Ce n’est pas un devoir de vous reproduire, il y a d’autres moyens de vivre la sexualité féminine.

Emilies: si tout le monde pensait comme vous, nous serions bientôt en voie de disparition et les oiseaux aussi. Or nous sommes d’avis que c’est notre mission et que c’est cela qui fera notre plaisir.

Simones: les oiseaux ne pensent qu’à leur ventre, pourquoi voulez-vous les aider alors qu’ils vous ont ignorées?

Emilies: nous ne voulons pas les aider, nous voulons nous perpétuer dans de nouveaux arbustes qui nous porteront. Les oiseaux s’imaginent que nous nous offrons à eux pour leur plumage alors que c’est avant tout notre satisfaction que nous visons. Le monde est ainsi fait que les besoins des uns sont satisfaits par les désirs des autres et vous par exemple, vous préférez la liberté sexuelle sans reproduction sans voir qu’il s’agit peut-être d’une ruse de la nature pour limiter le nombre de baies de votre espèce.

Simones: vous pourriez être dans le vrai sur ce point comme vous pourriez suivre un schéma culturel que vous avez intégré dans votre enfance à propos de vos désirs. Nous, nous préférons nous faire prendre sans germer afin de garder la forme que nous avons. Nous ne nous soucions pas des convenances et de la morale et si cela fait partie des plans de la nature, cela nous va aussi.

Emilies: ne pensez-vous pas que le plaisir est avant tout dans l’imagination car une fois satisfait, il demande à être renouvelé ? C’est pour cette raison que nous lui donnons une valeur morale qui nous soutient ensuite.

Simones: nous ne voyons pas de problèmes à répéter nos expériences du plaisir et considérons même sa satisfaction comme la promesse d’autres à venir quand le désir nous en prendra. C’est ce qui donne du sel à l’existence. Nous suivons néanmoins les préceptes d’Epicure dans ce domaine et nous nous satisfaisons de ce que nous pouvons avoir sans vouloir ce que nous ne pouvons pas avoir.

Emilies: alors que pour nous il n’y a qu’un moyen précis que nous nous devons d’atteindre.

Simones: alors pourquoi ne demandez-vous pas à Socrates de vous mettre en terre? Ça nous semble le meilleur conseil que nous pouvons vous donner: affirmez vos désirs pour les voir satisfaits.

Emilies: il ne sied pas à la gens féminine de demander des faveurs aux mâles. Elles doivent leurs être offertes librement. Cela fait aussi partie de notre imaginaire.

Simones: mais vous venez cependant vers nous pour trouver comment faire sans rien dire! Etes-vous aussi morales que vous le pensez?

Emilies: il y a ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, c’est ça la morale. Et trouver des moyens d’arriver à  nos fins tout en préservant les apparences nous semble la voie à suivre. Comme cultiver pour se nourrir plutôt que quémander.

Simones: vous avez une morale qui suit vos opinions plutôt que le contraire il me semble.

Emilies: vous ne voulez donc pas nous aider à trouver une solution?

Simones: si, rassurez-vous, c’est pour nous un plaisir que de faire plaisir alors nous ferons passer un message à Socrates ou nous trouverons une autre solution.

Emilies: nous savions que nous pouvions compter sur vous! Pouvons-nous maintenant vous poser une question un peu indiscrète?

Simones: essayez, vous verrez bien!

Emilies: comment faites-vous pour être mangées sans être digérées?

Simones: nous passons un pacte avec les oiseaux.

Emilies: qu’ont-ils à y gagner?

Simones: le plaisir de faire plaisir et une expérience différente. Rappelez-vous, nous ne voulons atteindre que ce qui est possible donc il nous faut y réfléchir et décider comment faire,

Emilies: et s ‘ils essaient tout de même de vous digérer?

Simones: notre peau est dure et acide. Ça calme leurs ardeurs et nous les prévenons des conséquences néfastes qui pourraient s’ensuivre pour eux s ‘ils ne nous libèraient pas intactes.

Emilies: est-ce pour cela que vous êtes vertes?

Simones: oui, nous ne sommes pas encore arrivées à maturité.

Emilies (entre elles): nous le savions (aux Simones): merci pour votre aide en tout cas. Quand nous aurons des descendants, nous vous promettons que vous serez les marraines.

Simones (entre elles): elles plaisantent ou quoi?  (aux Emilies): nous en reparlerons le moment venu, chères Emilies, ne précipitons rien.


Analyse

Qu’est-ce que le plaisir?

Pour les Emilies, c’est une fonction de l’imagination qui doit être  inséparable de l’idée du devoir sinon l’insatisfaction s’installe une fois le désir atteint. Il se peut aussi qu’il soit une ruse de la nature pour nous inciter à œuvrer pour elle.

Pour les Simones, le plaisir est une recherche individuelle qui se suffit à elle-même au delà de la morale et des conventions.  Elle est atteinte grace à la satisfaction des désirs mais ces désirs doivent rester dans l’ordre du possible et demandent donc de la réflexion pour être assouvis.

Discussions possibles

Pourquoi la morale condamne-t-elle souvent la recherche du plaisir?

Une vie sans plaisir peut-elle être une vie heureuse?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, Julie ou la nouvelle Héloïse où Rousseau avance l’idée que le plaisir peut se vivre dans la vertu.

Envie de contribuer à ces dialogues? Ecrivez-vos commentaires et questions ci-dessous.

Envie d’en savoir plus sur les goûts de Simones et Emilies? Leur livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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