Dialogue existentiel 7: quel rapport entre culpabilité et pouvoir?

Dialogue existentiel 7: quele rapport entre culpabilité et pouvoir?

Mickael: Charmide, je crois que j’entends venir quelqu’un.

Charmide: vous avez raison mon ami, fuyons.

Socrates: messieurs les daims, attendez, où allez-vous?

Mickael: Socrates, c’est vous! Que faites-vous par ici?

Charmide: nous croyions que vous restiez toujours de l’autre côté des Confins.

Socrates:  j’aime varier mes sorties et je viens juste de rencontrer Niccolò.

Mickael : ah, oui, il est souvent dans les feuilles au bas du chemin; il planifie ses futurs méfaits.

Charmide: vous avez réussi à le voir? En général, il est discret.

Socrates: il dormait au soleil, il ne m’a pas entendu venir.

Mickael: c’est son problème, malgré toutes ses ruses, il se laisse surprendre.

Charmide: alors il frappe et ça n’arrange pas sa réputation.

Socrates: il m’a raconté ce qui s’est passé avec Eve;  il en est encore très contrit.

Mickael: ne croyez pas tout ce qu’il dit, il voulait la contrôler, il a réussi.

Charmide: et maintenant les humains nous maltraitent parce qu’ils ont perdu leur ignorance.

Socrates: cher Mickael, comment pouvez-vous dire qu’il contrôle Eve alors qu’il a lui-même perdu le principal de sa grandeur.

Mickael: son discours a instauré une nouvelle norme en elle et chez les humains en général. Ils se sont sentis coupables, or culpabilité et pouvoir font bon ménage.

Charmide: ils sont aussi devenus susceptibles et agressifs; maintenant, ils se vengent alors sur nous qui n’avons pas les moyens de nous défendre.

Socrates: mais il n’est plus le bénéficiaire de cette culpabilité.

Mickael: détrompez-vous, cher Socrates, il suffit qu’elle existe pour qu’il en profite. D’ailleurs, il génère toujours la peur.

Charmide: c’est plus efficace que la menace directe et cela lui permet de mener à bien ses transactions souterraines.

Socrates: c’est un moyen de contrôle social subtil auquel je n’avais pas pensé mais certains humains sont conscients qu’en vérité, ils ne savent rien. Comment pourraient-ils alors être mis au banc des accusés ou se sentir concernés?

Mickael:  vous voulez parler des indisciplinés? Des indépendants? Des fous?

Charmide: de ceux qui cherchent la tempérance et la mesure?

Socrates: oui, ceux-là mêmes qui questionnent les opinions et cherchent la vérité.

Mickael: ils seront rattrapés par la culture de leur temps! Il faut toujours un ordre pour maintenir le monde et tout ordre suppose un pouvoir dominant. Ils seront emprisonnés, mis à l’écart, châtiés si rien d’autre ni fait mais avant, ils auront à lutter contre la pression sociale. C’est un pouvoir de normalisation très fort. C’est pour cela que nous restons à l’écart des étangs.

Charmide: la sagesse est un idéal louable mais elle demande de vivre seul et ce n’est pas toujours possible ni plaisant.

Socrates: mes amis, il ne faut pas pour autant qu’ils abandonnent la recherche des idées pures qui leur donneraient la connaissance intime du monde, au delà des apparences qui les trompent. C’est notre unique chance de pouvoir à nouveau communier avec eux.

Mickael: pour que cette connaissance devienne pour eux un nouvel outil de pouvoir? Cher Socrates, vous croyez à une nature humaine qui pourrait retrouver sa bonté première mais la nature n’existe pas pour eux, il n’y a que leur histoire qui forme leurs caractères et développe leurs idées. Cette histoire est toujours celle d’une lutte des classes et des espèces.

Charmide: pour ce qui nous concerne, nous recherchons la paix et la tranquillité dans ce coin de forêt mais quand les humains arrivent, mieux vaut se sauver.

Mickael: on ne peut pas être ami avec celui qui veut nous dominer pour se sentir exister.

Charmide: à cause de Niccolò, ils ont oublié tout ce qui leur venait facilement au jardin.

Mickael: il a semé en eux la volonté de connaître mais il ne leur a pas dit comment il faudrait utiliser ces connaissances. Ceux qui savent un peu croient donc savoir beaucoup et en profitent pour exercer leur pouvoir sur les autres.

Socrates: pourtant Gottfried les aime.

Charmide: oh, lui, il n’a pas beaucoup de cervelle, c’est tout.

Mickael: c’est un oiseau des villes. En comptant sur le  bon vouloir des humains, il a perdu sa liberté.

Socrates: ce qui n’est pas votre cas.

Mickael: nous n’essayons pas de leur plaire donc nous ne dépendons pas d’eux. Nous ne partageons pas notre savoir avec eux donc ils ne peuvent pas l’utiliser contre nous.

Charmide: comme ils ont oublié que les choses se font en leur temps et qu’il faut être patient et attentif, cela nous donne notre chance quand ils nous chassent. Sinon nous serions déjà des trophés sur leurs cheminées.

Socrates: vous avez raison, la sagesse est un long apprentissage.

Charmide: et même chez les jeunes non-humains, la précipitation des nouveaux-nés en fait périr plus d’un.

Mickael: ceux qui comme Gottfried ne font plus l’effort de chasser, ils engraissent et deviennent dépendants.

Socrates: c’est vrai qu’il est un peu gras par moment mais je l’aime bien et il est toujours joyeux.

Mickael: c’est la joie de l’ignorant…

Charmide: allez, Mickael, il n’est pas si ignorant que cela puisqu’il a trouvé comment vivre facilement!



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