Dialogue existentiel 15: existence et essence, qui est premier?

existence et essence

Simone: Aurelius, pose-toi un peu par ici, nous voudrions te demander quelque chose…

Aurelius: alors faites vite, j’ai une âme en peine à aller conseiller et j’ai bien peur qu’elle ne succombe au mal si je tarde trop.

Simone: eh bien justement, c’est de cela que nous voulons te parler. Nous nous demandons, entre existence et essence, qui est premier et si nous pouvons vraiment échapper à notre destinée. Par exemple, croyez-vous que votre intervention pourra changer l’ordre des choses si elle n’est pas déjà dans l’ordre des choses? En ce qui nous concerne, sommes-nous déterminées à développer notre nature féminine parce que nous sommes nées ainsi?

Aurelius: mais quelles questions, Simone! Ce sont vos actions qui définissent qui vous êtes car Dieu vous a créé libres de vos choix! N’est-ce pas ce que votre ami Jean-Paul affirme, qu’entre existence et essence, la première précéde la seconde? N’est-ce pas aussi ce qui vous permet de choisir entre le bien ou le mal?

Simone: si vous affirmez que nous sommes créées libres, ne voyez-vous pas que c’est un paradoxe? Cela signifie que nous sommes condamnées à être libre. Cela signifie que nous avons un destin que nous devinons et qui nous fait agir même quand nous croyons agir librement

Aurelius: n’aimez-vous pas qui vous êtes?

Simone: si, mais il nous semble que notre nature profonde nous empêche de changer et cela nous enferme dans un rôle. Ainsi, parce que nous sommes d’une nature féminine, cela nous conduit à agir selon un mode déterminé. Toi qui es un ange, tu es destiné à aider et conseiller et c’est ce que tu fais. Socrates, lui, marche et pose des questions, c’est qui il est. Niccolò se cache et n’est pas fiable. Baruch fait le sage. C’est comme si leurs choix étaient limités par ce qu’ils sont au départ. Avons-nous donc tous un rôle que nous devons tenir et que nous détestons parfois…?

Aurelius: là, je vous arrête mes jolies, j’aime ce que je fais et je ne peux pas ne pas l’aimer.

Simone: eh bien justement, c’est ce que nous voulons dire, vous ne pouvez pas être différent de ce que vous êtes. Dans votre cas, il se peut que cela vous convienne…

Aurelius: mais oui, cela me va parfaitement car être heureux, c’est justement deviner sa nature et l’accomplir.

Simone:… mais pour d’autres qui se trouvent imparfaits ou méchants ou qui aimeraient expérimenter des identités nouvelles, ils ne peuvent rien changer. Ils en souffrent et c’est comme si cette souffrance les renforçait dans leur méchanceté ou leur désir insatisfait d’être différents.

Aurelius: allons, que dites-vous là, la rédemption est offerte à tous!

Simone: Aurelius, votre obstination à garder des réponses toutes faites est aussi votre réponse. Parce que vous n’êtes pas comme nous, vous ne pouvez pas comprendre ce que nous voulons dire. Cela prouve bien  qu’on ne peut pas échapper à son destin. Nos actions nous définissent dans l’existence mais elles sont pourtant définies à priori par notre essence.

Aurelius: alors pourquoi m’avez-vous posé ces questions?

Simone: vous êtes censé être au courant des desseins divins, nous pensions que vous auriez pu nous éclairer là-dessus.

Aurelius: poser ce genre de questions, c’est vouloir en savoir plus qu’il n’est nécessaire, chère Simone. Je vous conseille d’accepter qui vous êtes.

Simone (entre elles): il ne nous dira rien, ce n’est pas la peine. (A Aurelius): Bon, d’accord, Aurelius, nous ne vous retenons pas plus, passez une bonne journée.

Aurelius: vous aussi, mes amies, souvenez-vous que votre générosité fait votre charme et gardez-la, c’est le principal.

Simone (entre elles): pour un ange, il n’est pas très fin, nous aurions du demander à Baruch.

Aurelius (à lui-même) : je vais prier pour elles ; si elles n’écoutent plus leur cœur, elles deviendront de plus en plus incertaines de ce qu’elles doivent faire et seront malheureuses.


Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, L’existentialisme est un humanisme où Sartre pose que nos actions déterminent qui nous sommes et non le contraire.

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