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Dialogue existentiel 37: liberté d’expression et conscience

Dialogue existentiel 37: liberté d’expression et conscience

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liberté d'expression et conscience

Liberté d’expression et conscience

Un dialogue entre Irinas les feuilles mortes et Emmanuelles les tortues. Les Irinas pensent que la vie est attente et mystère mais elles sont disposées à saisir les opportunités du moment tout en restant nostalgiques du passé.Elles craignent le mal qui sait prendre des apparences trompeuses. Les Emmanuelles sont des raisonneuses qui préfèrent se fier à la logique plutôt qu’aux sentiments.

Emmanuelles: Irinas, avez-vous entendu ce que Niccolò a dit la semaine dernière dans l’émission de Davina et Peter?

Irinas: oui, il nous a presque convaincu que vrai et faux étaient juste des points de vue.

Emmanuelles: il n’a aucune conscience morale et c’est typique de Davina et Peter de l’inviter à parler sans penser aux conséquences.

Irinas: donc il est coupable?

Emmanuelles: oui, il a menti à Eve quoiqu’il affirme. Que son mensonge soit habile le rend encore plus coupable car cela signifie que son action était préméditée.

Irinas: mais pourtant, comme il l’a dit, les humains ont appris beaucoup de choses grace à lui puisqu’ils ont du se débrouiller seuls.

Emmanuelles: Adam et Eve n’avaient pas besoin de connaissance puisqu’ils étaient heureux. Niccolò les a dupés.

Irinas: car bienheureux les simples d’esprit, c’est ça?

Emmanuelles: oui. Ils vivaient dans un monde où il n’y avait ni vrai, ni faux, seulement de l’être. Croyez-vous que la vie des humains s’est améliorée quand maintenant ils ne savent jamais quoi décider, quoi penser, et qu’ils sont souvent le jouet de ceux qui utilisent « les techniques de Niccolò », comme l’a dit le pape.

Irinas: ne pensez-vous pas que pouvoir analyser et décider comme nous le faisons nous aussi, c’est un avantage par rapport à une vie sans réflexion?

Emmanuelles: cela nous donne une conscience et si la raison dominait nos actions, nous pourrions sans doute vivre heureux car nous saurions comment satisfaire nos désirs au mieux mais bien souvent, cette conscience de soi, cette conscience des difficultés que nous rencontrons et des limitations que nous avons nous attriste. Elle n’est donc un atout que si nous l’utilisons correctement pour analyser avant de décider.

Irinas: mais pourtant, si Eve a cru Niccolò alors il a raison, c’est elle la coupable, elle n’a pas assez réfléchi.

Emmanuelles: Eve ne connaissait ni le bien, ni le mal, elle ne pouvait donc pas se méfier. On ne peut pas être coupable par ignorance. Elle s’est fait avoir et ce n’est que plus tard qu’elle l’a compris. Davina et Peter, par contre, c’est autre chose. Ils savent que la vérité et le mensonge existent, ils doivent donc avancer prudemment pour ne pas se tromper au lieu de penser que tout, en principe, a une valeur égale.

Irinas: Eve était une proie facile mais eux, ils pensent qu’ils mènent les choses quand en vérité, ils sont manipulés.

Emmanuelles: c’est ça. Eve était la première proie de tous ces colporteurs de mensonges qui veulent profiter de la crédulité des gens et eux, ils pensent être au dessus de tout cela parce qu’ils réfléchissent mais autoriser Niccolò à parler et l’encourager à développer ses idées, c’est justifier l’existence des fausses nouvelles.

Irinas: c’est donner une voie au mensonge sous prétexte qu’il existe, ça n’a effectivement pas de sens. Il faudrait toujours condamner ce qui peut causer du tort à autrui selon un principe de préjudice qui devrait servir à limiter la liberté d’expression.

Emmanuelles: tout à fait. La liberté d’expression est une condition qui permet à la société de progresser car elle permet le brassage des idées et c’est cet argument que Niccolò avance pour se défendre mais la volonté de nuire qu’il avait au départ est inexcusable.

Irinas: en quelque sorte, l’éthique doit précéder la raison car la raison nous permet d’argumenter tout et son contraire donc l’éthique est là pour limiter les possibilités de discours mensongers qui vont nuire à notre bonheur.

Emmanuelles: oui et si jamais ces discours se font encore entendre, il faut les soumettre  à une discusion éclairée qui résistera aux sirènes des émotions, vérifiera qui parle et pourquoi, pésera les choses. Ce n’est pas ce que Peter et Davina ont fait.

Irinas: au nom de la liberté d’expression, ils ont donné la parole à quelqu’un qui en abuse . C’est lui donner une légitimité qu’il ne devrait pas avoir et c’est dangereux.

Emmanuelles: exactement! On croit souvent ce qu’on veut croire donc c’est facile de nous duper mais cela se fait finalement au détriment de notre bien-être. Il faudrait ne pas conclure trop vite mais cela demande de la prudence, de la réflexion et des doutes qui vont à l’encontre de notre envie d’avoir raison.

Irinas: oui, il ne faut pas prendre ce que disent les gens pour argent comptant car la vérite existe et demande du bon sens et de la patience pour être atteinte. Malheureusement, Peter et Davina se sont laissés mener par les arguments de Niccolò.

Emmanuelles: c’est pour cela qu’il faut toujours se méfier de lui car il ne changera jamais.

Irinas: au moins pour lui, on sait à quoi s’en tenir!


Analyse

Le bonheur est-il compatible avec la censure?

Pour Emmuelles, le bonheur vient soit de l’ignorance, soit de l’usage éclairé de la raison: censurer la propagation des idées mensongères permet donc une plus grande confiance dans le monde et une plus grande tranquillité d’esprit car toutes les idées n’ont pas la même valeur et certaines nous conduisent à prendre de mauvaises décisions incompatibles avec le bonheur.

Pour Irinas, il faut instaurer un principe de préjudice destiné à censurer les informations nuisibles à autrui. C’est aussi un principe qui sans assurer le bonheur, en favorise l’émergence car il évite la propagation des idées mensongères. L’éthique doit donc précéder la raison si on veut être heureux.

Discussions possibles

Le mensonge est-il parfois justifiable?

L’ignorance est-elle un gage de bonheur?

Pour finir

Envie de réflexion un peu plus poussée? Voyez, par exemple, De la liberté où Mill discute des limites du pouvoir de la société sur l’individu et développe l’idée du principe de préjudice.

Envie de contribuer à ces dialogues? Ecrivez-vos commentaires et questions ci-dessous.

Envie d’en savoir plus sur les goûts de Emmanuelles et Irinas? Leur livres préférés sont dans la bibliothèque du domaine.


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