Dialogue existentiel 5: faut-il croire au destin?

faut-il croire au destin?

Socrates: chère Gautami, vous qui êtes bien ancrée en terre, faut-il croire au destin?

Gautami: : oui mon cher Socrates, je vais même vous en dire plus: il se révèle dans les événements qui nous troublent. Ceux qui n’ont pas de sens pour nous, nous ne les voyons pas ou nous les oublions vite.

Socrates: nous ne retenons donc que ce qui nous indique notre voie, c’est bien ce que vous voulez dire?

Gautami: oui, c’est cela mais pourquoi me posez-vous cette question?

Socrates: il m’arrive souvent des choses étranges, comme une voix qui me parle pour m’éviter de faire des erreurs. J’y pense régulièrement et j’essaie de lui trouver un sens. Je voulais donc savoir si je perdais mon temps.

Gautami: le sens peut vous échapper longtemps ou prendre des formes différentes au fur et à mesure que vous y réfléchissez mais s’il s’agit d’un processus qui vous oriente,  acceptez-le comme il se présente et voyez comment vous pouvez l’utiliser en votre faveur. Vous aurez alors la réponse que vous cherchez.

Socrates: parleriez-vous en connaissance de cause?

Gautami: oui, je n’ai pas toujours eu cette forme. Autrefois, je me donnais aux hommes pour les satisfaire mais ils ne comprenaient rien, maintenant je leur parle et ils m’en sont bien plus reconnaissants.

Socrates: pourquoi avez-vous changé?

Gautami: à cause de leur souffrance qu’ils essayaient d’oublier avec moi et de celle qu’ils m’infligeaient par leur indifférence. Cela m’a fait comprendre que ma place était ailleurs.

Socrates: et vous êtes devenue une femme-arbre, c’est étonnant.

Gautami: je suis passée par plusieurs stades pour échapper à cette roue de la souffrance mais je me suis finalement réincarnée en arbre et je suis maintenant là pour conseiller ceux qui viennent me voir. C’est ma destinée et cela me plait.

Socrates: il y aurait donc un destin qui est écrit et une destinée que se construirait?

Gautami: oui car même si le destin est immuable, il reste inconnaissable. Il ne se révèle que dans nos actions qui nous construisent peu à peu le long de la voie qui doit être la nôtre.

Socrates: le démon qui me parle est donc comme un ange gardien, il m’aide à mieux me diriger.

Gautami: ça en a l’air et il sait sans doute que je suis celle qui saura le mieux vous parler de celle que  vous aimez. C’est pour cela que vous êtes venu me voir même si vous ne le saviez pas.

Socates: car vos conseils sont relatifs à l’amour?

Gautami: oui, bien sûr, amour compassion, générosité, y a-t-il autre chose qui puisse éviter la souffrance?

Socrates: et les hommes qui viennent vous poser des questions, ce sont aussi eux qui mettent les fleurs et les offrandes à vos pieds?

Gautami: ah, vous avez remarqué? Oui, ce sont eux et d’autres gravent leurs espoirs sur mon tronc mais il y en a moins maintenant, ils ont perdu leur âme d’enfant. Je me sentais un peu seule et je suis contente que vous m’ayez vue même si vous n’êtes qu’un bâton.

Socrates: ainsi donc, le destin m’a guidé vers vous.

Gautami: oui car j’ai le nom de celle que vous aimez comme le nom de toutes celles qui sont aimées. Quand vous m’appelerez, ce sera elle qui vous répondra, mais pas elle comme vous la voyez, elle comme elle est.

Socrates: si ce que vous dites est vrai, le seul fait que je vous ai trouvée voudrait dire qu’elle est ma destinée.

Gautami: votre destinée, elle est encore à construire mais que ce soit votre destin, c’est sûr. Vous apprenez vite, mon cher Socrates.

Socrates: en vous parlant, je la connaitrai mieux qu’elle ne le veut?

Gautami: vous saurez ce qu’elle est pour vous mais vous ne pourrez pas le lui dire car elle ne l’accepterait pas.

Socrates: tout cela est bien compliqué.

Gautami: c’est ma première leçon pour vous, monsieur le bâton. L’esprit féminin ne se limite pas aux mots qu’il prononce mais les mots qu’il prononce sont les seuls qu’il veut bien avouer.

Socrates: quel rapport avec mon destin?

Gautami: la femme est l’avenir de l’homme…

Socrates:  chère Gautami, vous avez réponse à tout! Mais alors, qui est l’avenir de la femme?

Gautami: il est dans la communauté, dans ce qui se murmure autour de nous et nous définit.

Socrates: le destin de l’homme serait-il de parler plus fort pour que la femme qu’il aime le suive?

Gautami: vous êtes perspicace, cher Socrates, mais attention à ce que vous direz, il ne suffit pas de parler fort, il faut aussi parler juste… Et le destin prend bien des formes…



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